jeudi 27 février 2014

La collection Pépix investit le roman d’enfance


Sarbacane, la maison d’édition de Frédéric Lavabre, s’apprête à lancer Pépix, une nouvelle collection de romans pour les 8-12 ans. Trois axes seront au cœur de ses choix éditoriaux : humour, aventure et irrévérence. Le pari porte sur le mélange de ces éléments qui donnera le ton général des livres. Bonne nouvelle pour les auteurs débutants : ceux-ci ne seront pas nécessairement signés par des artistes confirmés. Déjà éditeur de la collection Exprim’, Tibo Bérard sera le grand maître des jeux. Pour développer ses idées innovantes, il a eu recours aux avis des libraires. Quelle meilleure boussole pour se préparer à la confrontation sur le marché ?
Le roman d’enfance existe déjà. Le défi est pourtant de rompre les schémas classiques que propose ce genre, notamment les histoires à thème. Pépix se présente donc comme l’alternative française à une certaine littérature anglo-saxonne, qui s’inscrit dans la tradition d’écrivains comme Roald Dahl. La volonté est plutôt d’embarquer le lecteur dans une narration drôle, dans des aventures qui l’amuse, mais qui le fasse aussi réfléchir et qui lui donne des outils pour développer son propre sens critique.
Les deux premières parutions sont prévues pour le 5 mars 2014, et deux autres livres sont déjà programmés à l’automne. Chaque titre sera imprimé à 8.000 exemplaires.
Il s’agit de romans accompagnés de nombreuses illustrations en noir et blanc, et enrichis par des contenus supplémentaires. Par exemple, dans Sacrée Souris, le lecteur découvrira un glossaire cocasse et apprendra enfin ses leçons… de désobéissance ! Dans L’ogre au pull vert moutarde, il se plongera dans un livre de recettes un peu spéciales qui expliquent, notamment, comment préparer, cuisiner, assaisonner et agrémenter une vieille personne pour en faire un met succulent ! Miam miam… 
Des personnages attachants, des histoires qui abordent avec légèreté des thèmes parfois difficiles, un graphisme captivant, l’insertion de parenthèses rigolotes qui permettent au lecteur une différente interaction avec l’histoire, et des illustrations dont l’humour est très marqué : les ingrédients sont tous réunis pour que cette nouvelle aventure éditoriale rencontre le succès et contribue au développement du langage et de l’offre pour une tranche d’âge qui reste une cible particulièrement visée par les éditeurs. 
Regardons un peu plus en détails les deux premiers titres :


Sacrée Souris de Raphaëlle Moussafir (également auteure de Du vent dans mes mollets qui est à la fois un livre, une BD et un film), accompagné des dessins de CarolineAyrault (qui illustre ici son premier roman). 
Le quotidien de Léonore, petite souris qui habite encore chez ses parents, est bouleversé par la mort de la reine des Souris. Sa vie et celle de tout son peuple change radicalement à cause de la menace que représente les Rats. Il faut bien trouver une solution…
Couverture souple avec rabats
224 pages
11,90 euros


L’ogre au pull vert moutarde de Marion Brunet (qui a déjà signé pour la collection Exprim’ le roman Frangine) et illustré par Till Charlier.
Que peuvent avoir en commun Abdou, Yoann et le nouveau gardien de nuit du foyer où habitent ces deux enfants ? L’absence d’une famille lie leurs destins, et pourtant cette nouvelle présence est bien particulière. Et pour cause : le nouveau garde-chiourme est un ogre !

Couverture souple avec rabats
160 pages
9,90 euros

lundi 24 février 2014

Ma tempête de neige de Thomas Scotto

Auteur prolifique et passionné, fou amoureux des mots, il a été libraire avant de se consacrer corps et âme à sa passion : l’écriture. Son nouveau roman, Ma tempête de neige, vient de paraître chez Actes sud Junior. Nous rencontrons aujourd’hui Thomas Scotto.

ICI pour sa biographie et sa bibliographie complètes.
ICI pour son blog. 


Comment est née l’idée de ce livre ? Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Ce texte fait partie de la collection « d’une seule voix » chez Actes sud Junior. Une collection à la forme imposée, celle de monologues intérieurs d’adolescents à lire à haute voix et qui compte déjà plusieurs titres d’auteurs que j’affectionne : Cathy Ytak, Gilles Abier, Jean-Philippe Blondel… Depuis le tout premier texte paru en 2007, l’impressionnant Quand les trains passent de Malin Lindroth, le ton était donné. J’avais sous les yeux de la grande littérature. Et cela me travaille depuis cette lecture-là…écrire un « d’une seule voix » ! Cette collection est un magnifique terrain de recherche. C’était un défi aussi car je n’ai pas beaucoup écrit pour ces âges-là. (Juste un recueil de nouvelles, Mi-ange, mi-démon, chez Thierry Magnier). Je voulais quelque chose qui ne soit pas anodin mais pas plombé non plus. Un texte de douceur qui pose questions mais dont la thématique soit pleinement assumée. L’idée ce cette naissance attendue est venue alors très naturellement…

Quel poids a joué votre paternité pendant l’écriture ?

Un poids gigantesque…ce serait idiot de le nier ! Je suis partout entre ces lignes… Et même s’il n’en reste pas moins une fiction, j’ai imaginé ce texte comme une déclaration d’amour paternelle. J’ai aimé follement être un futur papa. Jeune aussi : 21 ans… Dans les doutes, les peurs et les étonnements partagés avec une future maman que je ne remercierais jamais assez ! Pendant l’écriture, il a fallut donc verbaliser des sentiments vécus pleinement sur le moment, vécus peut-être parfois dans une certaine insouciance. Dans une première version, c’était justement cette jeune maman qui parlait. Cathy Ytak, a qui je l’avais fait lire, m’a laissé entendre que je me trompais de voix…elle avait raison. C’était bien celle du père que je voulais donner. Moins attendue et tout aussi impatiente, entière. Dix huit ans et quinze ans après, je suis dans ce même émerveillement de père ! C’est beaucoup de chance tout cela. C’est une grande partie de ma construction personnelle.



Votre profession vous amène à rencontrer souvent les adolescents. Quel regard portez-vous sur cette génération ?

Elle me questionne autant qu’elle m’épate. Peut-être que les adolescents que je croise aujourd’hui, ne ressemblent pas à celui que j’étais… Et pourtant, j’ai vraiment la sensation de quelque chose d’intimement universel. Ils sont capables, dans la même heure de rencontre, d’être des murs de pierre, des bâtons de dynamites sur le point d’exploser, des bulldozers qui veulent terrasser leur propre monde, des oreilles avides et des yeux sensibles, des avis précis sur ce qu’on leur a fait lire. Ils disent souvent, entre les lignes, « regardez-moi », « écoutez-moi », « aimez-moi ». S’il y a bien un endroit où on ne peut pas tricher…c’est devant un adolescent !

Votre bibliographie compte déjà plusieurs titres. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru jusqu’à présent ?

Mon premier livre est paru il y a 16 ans chez le même éditeur que ce dernier. Et les titres qui ont suivit sont, je crois, assez différents les uns des autres. En âges concernés, en genres et en formes… J’aime cette idée du « chemin parcouru », parce que je suis toujours en recherche.  On peut imaginer savoir écrire de mieux en mieux en vieillissant de plus en plus, et puis ce n’est pas si vrai que ça ! Je veux pouvoir me retourner un jour et me dire : Tous ces mots dans tous les sens ? Mais c’est tout logique, au fond. Je suis bien tout cela ! Drôle et grave, bon et moins bon. J’ai eu le même plaisir à écrire chacune des histoires. Et c’est ce qui me rend triste en ce moment…voir disparaître, pour des raisons plus économiques que sensibles, des textes qui sont « mes passeports ». C’est devenu mon cheval de bataille…que ces textes là ne meurent pas !



Pourquoi êtes-vous devenu écrivain pour la jeunesse ?

Je voulais être pâtissier…puis comédien de théâtre…alors pourquoi oui… ?! Parce que grand lecteur de livres pour la jeunesse écrits par de grands auteurs (Tomi Ungerer, Roald Dahl). Enfant, je n’ai pas manqué de livre ni de chansons. J’avance, ici encore, Anne Sylvestre…tellement fondatrice ! Et, devenu jeune adulte écrivant, je crois que je ne me suis même pas posé la question du destinataire. C’est arrivé aussi simplement que ça.
Après ma première publication, j’ai rapidement croisé Jo Hoestlandt, Nadine Brun-Cosme, Christophe Honoré, Olivier Mau, Hector Hugo…des auteurs parfaitement humains et audacieux. Les belles personnes au bon moment.

Vers quelles dimensions de l’imaginaire ou de la réalité voudriez-vous tourner le regard maintenant ?

Imaginaire ou réalité, je n’ai pas de préférence.
Je veux continuer à me surprendre, surtout. C’est très égoïste mais je suis le premier à ne pas vouloir me décevoir !
Cela peut prendre toutes les formes possibles : bande dessinée, chansons, d’autres textes d’albums j’espère ou de petits romans… Peut-être aller un peu plus encore vers l’écriture dite « adolescente » dont la frontière avec celle adulte est parfaitement poreuse.

Avec quel illustrateur auriez-vous envie de collaborer ? Pourquoi ?

J’ai la chance d’en rencontrer beaucoup. Dans les livres et en vrai. J’ai eu la chance d’être illustré par certains que j’aime : Elodie Nouhen, Olivier Tallec, Eric Battut, Ingrid Monchy, Benjamin Adam… Je suis quelqu’un de curieux dans ce domaine de l’image alors les envies futures ne manquent pas ! Avec des confirmés et des nouveaux… beaucoup de projets en duo dorment d’ailleurs, parce que refusés. Il y en a quand même un que je tente de séduire depuis des années lumière… !
Alfred.
Du talent sensible et un trait qui ne tombe jamais dans la facilité. Il vient d’obtenir le prix d’Angoulême pour son Come Prima aux éditions Delcourt. Ça risque de ne pas être encore pour tout de suite cette affaire !

Quel était votre livre préféré quand vous étiez enfant ?

Mon premier grand souvenir…Jean de la lune de Tomi Ungerer.

Quelles sont vos sources d’inspirations, littéraires ou autres ?

La vie de tous les jours et les grandes émotions qui nous traversent. La famille aussi ! Les rapports ténus des uns avec les autres, tous sexes confondus. Tout ce qui fait qu’on se couche le soir un peu plus différent du matin. Plus grand ou plus en colère. Plus poète et plus aventurier. Nos voyages très intérieurs… Et les grandes questions des enfants qui sont parfois les mêmes que l’on se pose adulte.

Pourriez-vous nous décrire votre journée type ?

Il n’y en a pas ! Je ne suis pas 24h sur 24 entrain d’écrire et pourtant j’écris toujours. Je ne suis pas hors la vie, ce qui fais que je compose avec elle pour laisser cette place à l’écriture. Et je vais beaucoup à la rencontre des enfants, des ados. Grâce aux enseignants, aux bibliothécaires, aux organisateurs de salons du livre, aux documentalistes…
Sans tous ces médiateurs, je crois sincèrement que mes livres ne seraient jamais vus ni lus. Mes journées sont donc très nomades avec comme fil conducteur, l’écriture.



A quel projet travaillez-vous en ce moment ?

J’aimerais me replonger dans le projet presque terminé d’un roman pour la collection « Photoroman » chez Thierry Magnier. La série de clichés d’un photographe est donnée à un auteur pour nourrir une histoire. Il s’intitule Chaque pas que je fais. C’est une phrase extraite d’une chanson de Pierre Lapointe dont les textes sont, là encore, de la littérature totalement renversante ! S’il est accepté, j’aurais l’impression d’avoir encore franchi une petite montagne…

Pourriez-vous choisir un passage dans un de vos livres et l’analyser ?

« (Entre le 20 et le 21 juillet, pile.)

C’est une nuit vraiment pas juste !                      
Je suis pourtant assise tout au bord de la chaise
mais mes pieds ne touchent même pas jusqu’à la planète terre.
J’étire, j’étire encore le bout de mes chaussures, mais rien.       
Je suis la plus petite des petites, voilà !
Je m’étire…je fais ça depuis des minutes entières pour passer le temps,
des années lumière même…                                                                        
Ça, en plus d’être impatiente que tu atterrisses bientôt. »

Un bond de géant. Editions Kilowatt, Illustrations de Barroux. (mars 2014)

Plus qu’une analyse…une question :
Ce prochain album parle encore d’une naissance, le soir du premier pas sur la lune…
C’est grave docteur ?!




vendredi 21 février 2014

Autour du conte : huit illustrateurs s'exposent



La Librairie Pippa, à Paris, accueille jusqu’au 29 mars 2014 l’exposition Autour du conte, organisée en collaboration avec la maison d’édition Flies France. Les visiteurs pourront découvrir les illustrations de huit artistes, réalisées avec différentes techniques (collage, acrylique, gravure ou aquarelle) : Brunella Baldi, Joanna Boillat, Anastassia Elias, Sherley Freudenreich, Baptiste Hersoc, Alice Lefort, Patricia Legendre et Manuela Magni.

ICI pour biographie des auteurs exposés.

Librairie Pippa
25, rue Sommerard, 75005 Paris  (M° Cluny-La Sorbonne)
du mardi au samedi de 10h à 19h.

© Brunella Baldi



© Patricia Legendre

© Manuela Magni

© Sherley Freudenreich

jeudi 20 février 2014

Sylvia Lespiègle - Le correspondant, de Marika Maijala et Juha Virta, Cambourakis


 
© Marika Maijala - Cambourakis 2014

Sylvia est assise devant la fenêtre. Enrhumée, elle regarde la neige de mars qui tombe lentement. C’est ainsi qu’elle remarque dans la maison d’en face un garçon à l’air triste et ennuyé. Comme Sylvia le découvre bientôt, il a une jambe immobilisée par un plâtre. La fillette décide alors d’écrire une lettre à celui qu’elle a choisi comme nouveau compagnon de jeu.
Sylvia Lespiègle - Le correspondant raconte l’histoire de la rencontre entre deux enfants, du début de leur amitié et de leurs aventures communes. Quelles soient réelles ou imaginées, peu importe. Bien au contraire. C’est qui compte, c’est en fait le lien qui se crée entre Sylvia et Lucas, et qui donne naissance à une dimension presque parallèle où la fantaisie fait irruption dans le quotidien. Un mécanisme typiquement enfantin.
En somme, cet ouvrage est un livre remarquable sous différents points de vues. D’abord, le format : 135x330 mm, soit un rectangle très allongé, qui contient des illustrations occupant chacune une double page. Les images aux couleurs pastel s’imposent au regard du lecteur par leur richesse. Remplies de détails, elles ne se contentent pas d’illustrer l’histoire. Elles ajoutent de nombreuses informations à la narration bien construite de Juha Virta, qui se permet d’ailleurs un clin d’œil final à Citizen Kane. La luge de Sylvia s’appelle en effet Rose, tandis que celle du héros du film d’Orson Wells porte le nom de Rosebud. A travers ses dessins délicats, la Finlandaise Marika Maijala parle des caractères des personnages, présente leurs vies qui se rapprochent de celle du lecteur, mais qui se déroulent dans un environnement complètement diffèrent, comme peut l’être un pays d’Europe du Nord. 

Juha Virta et Marika Maijala
Traduit du finnois par Kirsi Kinnunen
Cambourakis, 2014


© Marika Maijala - Cambourakis 2014
© Marika Maijala - Cambourakis 2014

lundi 17 février 2014

L’illustratrice voyageuse: Eva Montanari


Après des études d’illustration à l’Istituto europeo di design (IED) à Milan, Eva Montanari commence à publier en Italie, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Espagne, Japon et Taiwan. Ses livres sont aussi traduits au Portugal, en Turquie, Finlande, Argentine et Thaïlande.


ICI sa bibliographie complète.
 
Elle collabore aussi avec différents magazines et réalise des affiches et des calendriers. Eva Montanari anime plusieurs cours d’illustration en Italie et à l’étranger.

Son dernier livre sur Matisse a été réalisé à l’occasion de la grande rétrospective que la ville de Ferrara dédie au peintre et qui ouvre ses portes le 22 février. 

© Eva Montanari

Comment avez-vous géré la confrontation avec un artiste comme Matisse ?
J’ai récupéré d’abord tous les livres et les catalogues disponibles. Ensuite, j’ai fait des recherches sur internet et j’ai regardé beaucoup de documentaires sur le sujet. Il s’agit d’un livre de commande. Pourtant, j’ai été libre de choisir tout, du nombre de pages au format, du style à la technique à utiliser, jusqu’à la façon de traiter le personnage. J’ai pu décider si je voulais raconter Matisse sous le point de vue biographique ou poétique, si je souhaitais être descriptive ou synthétique.
J’ai beaucoup étudié sa biographie et son œuvre, mais finalement j’ai concentré toute mon attention sur le mot que j’avais associé au peintre quand je l’avais découvert pour la première fois : c’est-à-dire la « joie ». Cela a été mon point de départ. C’est à « elle » que j’ai donné la parole pour lui faire raconter Matisse.

Quelle technique avez-vous utilisé ?
Comme le faisait déjà Matisse, j’ai décidé de découper et de coller du papier que j’avais précédemment coloré. J’ai enrichi cette technique avec des pastels, des acryliques et des craies. Dans les pages où je raconte le passage de Matisse au collage, j’ai essayé de raconter cette transition de la façon la plus pure possible. 



© Eva Montanari


A chaque page, on remarque la présence d’un chat qui cache derrière lui un autre personnage. On trouve souvent cet animal dans vos albums…
C’est vrai, c’est un élément qui revient très souvent chez moi. Dans ce livre, il y a aussi un oiseau et un poisson. Chacun d’entre eux représente une couleur primaire. J’ai repéré ces trois personnages dans plusieurs photos en noir et blanc du peintre et j’ai décidé d’en faire des guides pour la narration. C’est une suggestion. Le lecteur peut imaginer qu’un de ces trois animaux raconte l’histoire à la première personne. Le chat est celui qu’on perçoit comme étant le plus malin et mystérieux. 



© Eva Montanari

Ce n’est pas la première fois que vous réalisez un livre sur un artiste. Il y avait déjà eu Degas…
Je ne sais pas si c’est une volonté précise de ma part ou un simple hasard. Le livre sur Degas était né par la fascination que j’avais pour un de ses tableaux, la Classe de danse. En premier plan, il y a une danseuse qui se gratte paresseusement le dos. Maintenant, je travaille sur un livre à propos d’un autre artiste.

Essayez-vous d’élaborer une espèce d’héritage ou, simplement, de faire connaître des personnalités que vous aimez ?
J’ai peut-être juste envie de raconter à travers des albums illustrés des parcours artistiques qui contiennent des indices, des suggestions, des possibilités. Travailler sur ces livres m’a permis d’observer, de fouiller et de réinterpréter la vie de ces grands artistes. J’ai été poussée à faire des expériences. Par exemple, je n’avais jamais utilisé les craies avant de travailler sur l’album de Degas. Grâce à Matisse, j’ai reçu une grande leçon de révolution créative.

Quels sont vos illustrateurs préférés ? Et les écrivains ?
C’est une question à laquelle j’ai répondu beaucoup de fois. Je ne me souviens pas si j’ai toujours cité les mêmes noms. Car la liste est très longue et à chaque nouvelle découverte, j’ajoute un nom ! L’illustratrice qui m’a fascinée le plus quand j’étais étudiante a été l’illustratrice Lisbeth Zwerger. Je pense que c’était à cause de la leçon d’économie de moyens d’expression et de la propreté qu’elle donne avec chacune de ses images. Deux caractéristiques si lointaines de ma façon de raconter ! Ces derniers temps, par contre, je suis beaucoup plus influencée par la peinture.
Parmi les écrivains, si je devais en nommer seulement un, je parlerais d’Italo Calvino… Ou peut-être d’Elsa Morante ? C’est difficile de choisir et je n’aime pas tellement cela. J’aime aussi beaucoup d’auteurs catalogués « jeunesse ».


© Eva Montanari

Comment naissent vos histoires ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Chacune nait différemment, d’une curiosité ou d’une obsession qui m’accompagne jusqu’au moment où je ne l’ai pas transformée en narration. Les sources précises, je ne saurais pas les indiquer. C’est sûr que je lis et regarde énormément de livres. Mes sources sont des images, mais aussi des personnes. J’aime les gens et j’adore imaginer et réfléchir sur leurs propres expériences comme si c’étaient les miennes.

Pourriez-vous nous décrire votre atelier ? Quelle est la première chose que vous faites quand vous vous asseyez à votre table à dessin ?
Si je dois être sincère, la première chose que je fais quand je rentre dans mon atelier c’est d’ouvrir les fenêtres ou d’allumer la lumière, si il fait trop noir dehors. Puis, je traîne un peu sur l’ordinateur. C’est seulement après que je trouve la concentration pour commencer à dessiner. Mon atelier est très grand, avec deux tables, une grande bibliothèque et une fenêtre qui s’ouvre sur le jardin. C’est le lieu où j’élabore mes projets, où je trouve la solution. C’est où je peux me permettre d’essayer toutes les techniques, où je peux me salir de la tête aux pieds. Mais ce n’est pas toujours là que j’ai l’inspiration. Pendant l’été, par exemple, je déménage au parc ou sur la table d’un bar sur la plage. Là, d’abord je me promène le long de la mer, puis je commence à dessiner. Parfois, je vais travailler chez des copains ou dans des bibliothèques, pour avoir la possibilité de regarder de nouveaux livres ou de parler et de me confronter à d’autres personnes. Pendant que je voyage, mon atelier est le carnet que je tiens entre les mains. Ils sont tout aussi importants l’un que l’autre.


© Eva Montanari

Vous êtes aussi sculptrice. Pourriez-vous nous parler de cette facette moins connue de votre travail ?
Si je n’avais pas dans mon atelier tout l’espace dont je dispose, tous les outils que je possède, il serait difficile de faire des expériences dans ce domaine. J’ai commencé car j’avais envie de voir vivre mon travail en trois dimensions. J’utilise une technique mixte et les matériaux avec lesquels je finalise mes travaux sont les mêmes que pour mes illustrations.



© Eva Montanari

Vous donnez beaucoup de cours d’illustration. Quelles choses essayez-vous d’enseigner ? Qu’est-ce que vous avez appris ?
Les personnes me fascinent, mais le travail d’un auteur est très solitaire. Depuis huit ans, je donne donc des cours d’illustrations en Italie ou à l’étranger pendant lesquels j’essaye d’expliquer comment construire un album. J’encourage d’habitude mes étudiants à développer un projet personnel. C’est quelque chose qui m’a permis de rencontrer beaucoup de gens différents, avec du potentiel qui est encore tout à découvrir. Cette activité me montre aussi comment des suggestions proposées en classe peuvent ensuite être élaborées d’une façon imprévisible par chacun de mes étudiants. Cela ouvre énormément l’éventail des possibilités.

Avez-vous jamais souffert du syndrome de la page blanche ?
Non, car, comme je le disais toute à l’heure, dans mon atelier j’ai plein de carnets des suggestions à développer. Par contre, j’ai souffert du syndrome de la dispersion des énergies. L’inspiration est fondamentale, mais la concentration pour finaliser un projet et lui donner une forme précise, l’est tout autant.
 
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je suis en train de réaliser un livre sur un des artistes qui m’a le plus fasciné. Mais pour l’instant, je garde le secret en continuant à avancer.


Pourriez-vous analyser une de vos images ?
Il s’agit d’une illustration pour un livre sur lequel je travaille en ce moment. Il est intitulé The Tortoise and the Hare et sortira chez Grimm Press. L’image est réalisée avec une technique mixte : acrylique, huile et pastel sur papier. Elle arrive vers la fin du livre et a la fonction de créer un raccord avec les précédentes illustrations. Cette image dévoile le paysage où la narration se déroule. Pour mieux comprendre son rôle, je montre aussi une des pages de croquis qui la précède. Il s’agit, par contre, d’une vision très précise. Les couleurs sont très chaudes. Je voulais que ce soit une image d’atmosphère, avec de nombreux détails à découvrir. J’ai été inspiré par les peintres Benozzo Gozzoli, Beato Angelico, mais aussi Giotto.


© Eva Montanari

© Eva Montanari 
 
Benozzo Gozzoli. Cappella dei Magi, Palazzo Medici Ricciardi à Florence

vendredi 14 février 2014

Festival Tout-Petits Cinéma : 7e édition aux Forum des images




Du 15 au 23 février 2014, le Forum des images, aux Halles à Paris, organise un événement dédié aux plus petits (entre 18 mois et 4 ans). La 7e édition du festival Tout-Petits Cinéma propose une initiation aux merveilles du 7e art à travers la projection de films d’animation. Des ateliers seront également mis en place tout au long de la semaine. Musiciens, conteurs ou encore plasticiens accompagnerons chaque rendez-vous dont la durée a été pensée et adaptée à la capacité d’attention des petits.

Tarifs : 5,50 euros (enfant) ; 7 euros (adulte)

ICI pour le programme.

©Suomen Elokuvakontakti Ry

mercredi 12 février 2014

Quand la politique s’attaque à la littérature jeunesse : le parallèle entre la France et l’Italie


Les hommes politiques fouinent parfois dans les livres et lancent des chasses aux sorcières. Cela est récemment arrivé en France et en Italie. Au même moment, mais pas avec les même dynamiques. 


En France

"Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour."

Depuis le dimanche 9 février, l’invective lancée par Jean-François Copé, président de l’UMP, contre le livre Tous à poil ! (Rouergue, 2011) a fait le tour des medias et des réseaux sociaux. Pour un petit résumé de la polémique, ICI.

Nombreuses ont été les réactions :

- d’un des auteurs - Claire Franek et Marc Daniau (ICI) ;

- de Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (ICI) ;

- de l’association Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse (ICI).

Et si le résultat de cette polémique était l’augmentation des ventes de ce titre, paru il y a désormais trois ans ? C’est d’ores et déjà le cas (ICI).

En Italie

Abordons le sujet en traduisant le début d’une lettre envoyée par deux libraires à d’autres figures professionnelles qui gravitent autour du livre jeunesse.

Bonjour à tous,

Nous sommes Nicola Fuochi et Vera Bellotto de la librairie « Il libro con gli stivali » à Mestre (près de Venise).
Nous avons décidé d’écrire et d’adresser ce mail à des éditeurs, des auteurs, des libraires et des professeurs pour dénoncer un épisode qui nécessite la mobilisation de tous ceux qui croient en la lecture et l’école comme valeurs pour l’individu et la société.
[…]
La mairie de Venise nous a contacté en novembre 2013 pour nous demander un devis pour l’achat d’un certain nombre de livres. La liste a été rédigée dans le cadre d’un projet appelé « Lire au-delà des stéréotypes ».

Ainsi a commencé l’affaire qui enflamme aujourd’hui les débats. Camilla Seibezzi, déléguée aux droits civils et aux politiques anti-discriminations de la mairie de Venise, est la promotrice d’un projet qui prévoit l’achat de livres pour 10 crèches et 36 écoles primaires de la ville. Mais la démarche ne semble pas être appréciée, car les réactions négatives ne tardent pas à arriver. En première ligne, Tiziana Agostini, conseillère municipale. « Les plus petits ne doivent pas être utilisés comme drapeaux politiques » a-t-elle déclaré. « Il faut tenir compte de différentes sensibilités dans notre société ». Vu qu’il s’agit d’une liste conçue pour lutter contre le racisme et la discrimination sexuelle, on peut y trouver des livres comme Il grande grosso libro delle famiglie (Lo Stampatello), qui décrit les différentes formes de famille possibles, Piccolo uovo (Lo Stampatello), illustré par Altan, à propos de la procréation médicalement assistée, ou encore E con Tango siamo in tre (Edizioni Junior), où deux pingouins mâles s’occupent d’un œuf. Mais la polémique a été reprise par différents journaux dans des articles aux tons bien différents.

Quelques titres :

- La mairie de Venise distribue des fables gays dans les crèches et les écoles ;
- Fables gays dans les crèches de Venise : polémique à la mairie ;

Mais revenons à la liste de livres incriminés.

« Nous pourrions faire de l’ironie facile » disent les libraires spécialisés Nicola Fuochi e Vera Bellotto. « Citer, parmi les autres, Piccolo blu e Piccolo giallo de Leo Lionni et affirmer qu’il s’agit d’une histoire gay ! Mais cela ne nous intéresse pas de jeter de l’huile sur le feu. Quand nous avons reçu la liste pour procéder à l’achat des livres, nous avons eu l’impression d’avoir entre les mains un travail tout à fait équilibré, avec des titres qui traitent les différents sujets avec délicatesse et élégance. Nous avons aujourd’hui l’impression que toutes les déclarations se basent sur une ignorance du contenu des textes et des albums cités ».


On ajoute quelques autres titres incriminés qui figurent sur la liste pour les crèches :

- Leo Lionni, Piccolo blu e piccolo giallo, Babalibri 
- Leo Lionni, Guizzino, Babalibri
- Katrin Stangl, Forte come un orso, Topipittori 
- Ophelie Texier, Jean a deux mamans, Ecole de Loisirs
- Mario Ramos, Sono io il più bello, Babalibri 
- Eric Battut, Rosso micione, Bohem Press
- Armelle Modéré, Didier Dufresne, Il sonnellino, Lapis